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Jeudi 5 novembre 2009

                                                   Deux insoumis




















                                        Paul et Roger prennent conscience que la résistance s'organise en France et en particulier en France libre.
                                         Les discussions s'avèrent vives chez madame Vergne, le soir après la journée de travail, entre les gaullistes qui écoutent la B.B.C. de Londres avec l'émission " Les français parlent aux français", et les pétainistes qui lisent les journaux sensurés par la direction allemande en France et écoutent Radio-Paris. C'est une joute oratoire où chacun cherche à conforter son opinion sur le meilleur parti à prendre pour envisager une France de demain, plus riante qu'aujourd'hui. Faut-il jouer la carte de l'Europe où l'Allemagne victorieuse ferait profiter aux pays alentours de son dynamisme économique, ou plutôt préférer celle des alliés qui rétabliraient la démocratie et remettraient à l'honneur " La déclaration des droits de l'homme "? Chacun réagit en fonction de son besoin personnel de sécurité:<< Il se passe de drôles de choses sur le front russe...On exécute sans raison les civils juifs et les commissaires politiques après le passage des troupes à l'offensive. Il paraît que c'est pour sécuriser les arrières de la wehrmacht.
                  --- Qui t'a raconté ces sornettes, Roger, les journaux n'en parlent pas, ni la radio, c'est encore des bruits pour nuire à la collaboration avec l'Allemagne.
                   --- Vous n'avez qu'à écouter la B.B.C., eux ils savent tout ce que fait la wehrmacht  sur les théatres d'opération. Vos informations dans les journaux et à radio-Paris sont sensurées pour limiter la résistance qui s'installe partout en France, réplique Roger qui entonne:<< Radio-Paris ment, radio-Paris ment, radio-Paris est allemand ! :>>
                     --- La résistance?...tous des voyous!...Le maréchal a raison de faire confiance à Hitler qui va gagner la guerre contre le bolchevisme et les juifs. La légion française nous fait honneur!
                      --- Moi, je vous dis, intervient Paul, que les allemands vivent sous la peur des nazis et n'ont pas voulu la guerre. Il faut qu'Hitler ait des pouvoirs magiques pour avoir endormi l'esprit critique de ses compatriotes. Il paraît que son regard d'halluciné enflamme les foules. Il ne dit pas le fond de sa pensée à son peuple qu'il manipule.
                       --- Et nous?... Nous sommes manipulés par Pétain?...Allons donc!...Votre radio de Londres raconte que des bobards...C'est comment qu'ils disent les savants?...la guerre spicologique? affirme l'un des vétérans de 14, blessé dans la Somme:>>
                         Chacun reste sur ses positions, mais cela n'interdit pas de boire un bon coup ensemble et de se taper gentiment sur l'épaule pour se souhaiter une bonne nuit et du courage pour le lendemain dans les champs.
                          En juin, avec l'été qui donne aux travaux des champs un dynamisme où chacun doit faire preuve de courage et de ténacité, fleurissent, avec les fleurs sauvages qui embaument la plaine et les collines environnantes, des nouvelles peu réjouissantes: Le maréchal avoue son échec de la révolution nationale. Pierre Laval institue la relève qui permet à un prisonnier de rentrer d'Allemagne pour trois ouvriers qui s'y rendent. Ceux qui ont des difficultés à trouver du travail dans leur spécialité acceptent d'y participer avec la promesse financière qui l'accompagne pour la famille. On croit encore à cette époque tout ce que la propagande pro-allemande essaie d'installer dans les esprits faibles. La wehrmacht, sur le front russe, donne l'illusion de vaincre le bolchevisme, et la collaboration porte beau devant la quasi certitude que l'Allemagne, le Japon et l'Italie vont gagner la guerre. En juillet, la B.B.C. commente la façon dont les juifs, hommes, femmes et enfants sont traités en France. Après le vel-div, c'est le regroupement à Drancy et leur transport en wagons de marchandises, comme du bétail, en direction de l'Est pour des camps de travail. Paul s'en ouvre chez madame Vergne aux habitués du café:<< Qu'ils utilisent les hommes pour travailler, cela peut se comprendre...mais les femmes et les enfants...vous ne trouvez pas cela bizarre?
                             --- Ils ne veulent pas séparer les membres dans chaque famille, suggère un ancien de 14-18 qui croit que le maréchal a quelque pouvoir à Vichy.
                              --- A la B.B.C. on parle de camps de concentration où le travail épuise les prisonniers mal nourris...Et puis que faites-vous des exécutions sommaires sur le front russe? interroge Roger qui a quelques doutes sur le sort des juifs envoyés à l'Est.
                               --- Toi et ta B.B.C.!...Les juifs sont responsables de la guerre...Il faut s'en méfier...S'ils sont envoyés en Allemagne dans des camps de travail, on en sera débarrassé, s'excite un jeune du village qui passe pour un pro-allemand pur et dur.
                                --- Te rends-tu compte de ce que tu dis? lui retourne Paul, en quoi les juifs sont-ils différents de toi?...Tu es catholique et eux sont juifs, ils sont français comme toi et méritent le même respect que toi. Les anti-juifs veulent des responsables à notre défaite. Hitler, qui est le seul responsable de cette guerre, veut nous faire croire que c'est de la faute des juifs. Quant à la défaite française...ce sont nos dirigeants qui en sont responsables...le maréchal en tête.
                                  --- Toi et tes belles paroles! lui rétorque le jeune qui rêve d'en découdre, n'ayant pas eu la possibilité de faire son service militaire pour cause d'occupation. Heureusement que Laval dirige à Vichy pour essayer de mettre la France sur les rails avec l'aide de Hitler...
                                   --- Il y a beaucoup de choses qui me déplaisent,  admet Roger. Je crois que nous allons vivre des moments difficiles...Profitons de notre chance de ne pas être occupés...cela risque de ne pas durer. Depuis décembre dernier l'Amérique est entrée dans la guerre et le rapport de force va changer. Hitler a des soucis à se faire. Il n'a pas encore gagné la guerre. Il paraîtrait que Rommel en Libye est tombé sur un os: Montgomery. Moi je dis qu'avec les américains, les alliés vont gagner. Pour les allemands la guerre coûte chère en hommes et en argent, même en pillant les pays occupés, elle n'arrivera pas à tenir le coup.
                                     --- Oiseau de mauvaise augure! s'exclame le jeune qui ne veut pas croire à la défaite nazie.
                                     --- Bon! c'est pas tout ça, mais demain y'a de la sueur qui va couler dans la plaine! prédit Paul, en pensant au soleil de cet été si chaud:>>
                                      Et puis, pour le 11 novembre, fête de l'armistice 14-18, les évènements se précipitent: débarquement anglo-américain en Afrique du nord et occupation de la zone libre française par la wehrmacht. A Monceaux, c'est un mélange de joie et de consternation. Il va falloir s'habituer à la présence allemande. La belle harmonie du village va-t-elle laisser la place à la méfiance compte tenu des divergences d'opinion. Pour l'instant des convois allemands n'ont fait que passer à Argentat, venant d'Aurillac et allant à Tulle et Brive. L'armée d'armistice étant dissoute, toute arme à feu est prohibée. Les fusils de chasse disparaissent dans des caches en prévision d'une utilisation future. Le 30 janvier 1943, une milice est créée, pour lutter contre les maquis. Trois jeunes du village vont s'enrôler à Brive et disparaissent de leur foyer. La nouvelle fait grand bruit chez madame Vergne:<< Nous discutions avec l'un de ces écervelés il n'y a pas longtemps. Il avait envie de se battre...Il a sauté sur l'occasion, dit fataliste Paul, et je plains leurs parents. Cette milice va contenir de jeunes fous qui risquent de commettre des actes peu recommandables.
                                       --- C'est le début d'une guerre civile, conclut Roger. Des français vont se battre contre d'autres français, et c'est le soldat germanique qui va se frotter les mains de plaisir. Pendant que les résistants sont occupés avec les miliciens, ils oublieront de s'en prendre à l'occupant, comme on dit, c'est diviser pour mieux régner. Il ne faudrait pas oublier que nous devons nous libérer des nazis qui nous oppriment. Nous allons vivre des évènements dramatiques, il va y avoir du sang et des larmes, pronostique-t-il.
                                        --- De quel côté va pencher notre village? interroge Paul. On peut avoir des opinions diverses, mais il va falloir se serrer les coudes, face aux boches que nous devons supporter maintenant. Par chance, en ce moment, ils n'occupent que les grandes villes et ne font que passer. De vivre à la campagne nous épargne pour l'instant leur présence. Est-ce que de nouvelles dispositions de Laval ne vont pas perturber cette belle quiétude? Le travail obligatoire en France ne nous touche pas, nous avons nos travaux à la ferme qui donnent à manger aux citadins, quoiqu'une partie des récoltes parte pour l'Allemagne et provoque le rationnement. Notre maire, à ce que j'ai compris, n'est pas favorable à la collaboration. Il ne veut pas trop en parler, essayant de concilier ses administrés dans une neutralité prudente. Il doit faire en sorte que la guerre n'entre pas dans nos rues. Notre entente entre gens raisonnables est notre force.:>>
                             

Par Claude17 - Publié dans : Roman - Communauté : Île des Poètes Immortelles
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Samedi 19 septembre 2009

Deux vaincus




                                  Paul et Roger sont reçus chacun par leurs parents qui pleurent de joie, criant au miracle, ayant eu peu d'espoir de les revoir vivants. Fatigués par leur périple en vieille bicyclette aux pneus gonflés de bouchons de liège, ils se reposent quelques jours, hébétés par tout ce qui leur est arrivé. Ils vont à la gendarmerie d'Argentat pour signaler leur présence chez leurs parents et se faire démobiliser puisque la France est occupée par l'armée allemande.
 
                                C'est la période des moissons dans la plaine et ils donnent la main pour soulager le travail des pères, mères, frères et soeurs, sous un soleil de plomb du mois de juillet. Cela leur permet d'éviter de ruminer la défaite de l'armée française. Roger, le soir après dîner, se rend chez Paul pour parler de leur déception, leurs doutes sur l'avenir de la France qui s'annonce sombre sous la botte allemande. Ils se trouvent dans la zone libre et s'en félicitent. Dans leurs yeux étrangement brillants se lit leur frustration, face à la signature de l'armistice:<< L'armée française avait encore beaucoup de puissance, et cet armistice est une traitrise de Philippe Pétain, affirme Roger qui veut encore en découdre.
--- Il a peut-être voulu éviter aux français de subir la brutalité nazie, répond Paul conciliant, en se rappelant les colères d'Hitler à la radio.
 --- Tôt ou tard les français le regretteront. Je suis d'accord avec le général De Gaulle à Londres. Il faut poursuivre la lutte. Il faut que la France retrouve son indépendance. Ce qui se passe en Allemagne sous la tyrannie nazie ne peut être supportable par les français qui tiennent à leur liberté individuelle depuis 1789. Tu as appris cela comme moi à l'école communale. Depuis le 10 juillet, Philippe Pétain a les pleins pouvoirs, la république est morte. Nous sommes en dictature.
 --- Ce que tu dis peut se concevoir. D'après toi, nous sommes en dictature: plus d'opposition, la censure est la loi, un régime policier avec une justice expéditive nous est promis. Quelle catastrophe ! :>>
                                    Les parents de Paul trouvent ce discours excessif et mettent cela sous le coup de la peine provoquée par la défaite des deux jeunes anciens combattants. Un soir, ils acceptent d'aller affronter les copains et anciens du village au café de madame Vergne sur la place de l'église:<< Alors les héros... pas trop déçus de votre défaite ? s'exclame un joueur de belote à la table du fond, en les voyant entrer.
 --- Pas bien contents, répond Roger, la mine un peu triste.
 --- Nous avons fait mieux que vous, nous les anciens de Verdun, et heureusement que notre Maréchal a pris la direction de la France pour atténer les conséquences de votre déculottée.
 --- Ouais ! un chef d'état de 84 ans, ça va faire du joli travail ! Il va se faire manger tout cru par Hitler et sa clique. Il ferait mieux de prendre sa retraite et d'aller planter ses choux, répond Roger, n'appréciant pas du tout qu'on les rende responsables de la situation de la France au 2/3 occupée.
 --- Notre Maréchal a tous les français derrière lui... Ils espèrent qu'il arrivera à tromper Hitler en lui faisant croire qu'il est de son côté alors qu'il souhaite la victoire de l'Angleterre et de De Gaulle.
 --- Votre Maréchal, tout auréolé de gloire qu'il est, n'est plus le défenseur de Verdun. En son temps, il s'est opposé au colonel De Gaulle sur l'emploi des chars d'assaut qu'il voulait utiliser comme moyen de défense et non d'attaque. Ce sont les allemands à Sedan, nous y étions, hein Roger ? qui ont mis en pratique la théorie de De Gaulle... et ils ont gagné. Ton Maréchal est responsable de la défaite...alors comme chef de l'Etat français ça va être quelque chose.
 --- Ouais ! et bien nous verrons qui de nous et de vous prédisent le mieux l'avenir. En attendant nous avons confiance en notre Maréchal.
   --- Il faudra bien sortir un jour, surenchérit Paul, de cette situation où la tyrannie et la barbarie nazie dominent l'Europe. Les italiens nous ont mis " un coup de poignard dans le dos " le 10 juin quand ils ont vu que nous perdions la guerre dans le Nord. La république espagnole a laissé place à la dictature en la personne de Franco. Seule l'Angleterre résiste...Si seulement les américains entraient en guerre...On peut peut-être se servir de l'Afrique du Nord comme base de départ pour reconquérir notre liberté...Il faudrait que votre Maréchal, chef de l'Etat français, une autre dictature, joue le jeu de la république française...Il n'en prend pas le chemin. Combien de temps fera-t-il semblant de résister à Hitler ? Comme dit De Gaulle, nous allons vers une guerre mondiale. On peut compter sur ce fou de nazi pour continuer à incendier l'Europe. Staline ne vaut pas plus cher. Si tous les deux poursuivent leur entente pour se partager l'Europe, nous allons souffrir, en déduit Paul qui avait depuis son retour écouté régulièrement "radio-Londres", où le général De Gaulle avait lancé son appel à la poursuite de la guerre, le 18 juin.
 --- Tout ça c'est de la faute aux socialistes avec leur front populaire, s'exclame un "tappeur de cartons" au fond de la salle. Comme si nous avions besoin de congés payés...Nous ici, nous travaillons toute l'année, et on ne s'en porte pas plus mal.
 --- Oui, mais dans les usines, les ouvriers deviennent dingues, compatit Roger. As-tu vu le film " Les temps modernes " avec Charlot ?
 --- Ouais, je suis allé le voir à Brive.
 --- N'empêche que si Hitler est apparu et dirige l'Allemagne, il y a une raison...Les Allemands avaient besoin d'un homme qui promette du travail aux nombreux chomeurs...Manque de chance ils sont tombés sur un fou furieux, se désole Paul.
 --- Avec notre Maréchal qui entre dans la sénilité, nous voilà bien monté, surenchérit Roger. Je crois que notre espoir c'est De Gaulle et l'Angleterre...et peut-être les américains...De toute façon, il faut qu'un camp gagne pour vivre en paix de notre travail...Moi je suis pour De Gaulle...toi aussi Paul ?
 --- Bien sûr, répond l'interpelé:>>
                            La nuit s'avançant, chacun rentre chez lui pour méditer cette projection dans l'avenir de la guerre. Le village s'endort dans cette incertitude qui tend les esprits. Si les opinions divergent trop, pour la première fois depuis longtemps, la zizanie s'intallera et apparaîtront la méfiance et le soupçon, dangereux poisons qui vont mettre à mal la belle harmonie de ce petit village perché à flanc de colline dominant la Dordogne qui serpente en longeant la plaine d'Argentat, vestige fertile d'alluvions laissés par les torrents à la fin de la période glaciaire. Il y a beaucoup de travail à la ferme des familles de Paul et Roger en cet été 1940. L'activité intense des corps apporte une fatigue salutaire, reposant les esprits perturbés par la défaite et la présence trop proche de l'armée d'occupation étrangère.
                                    L'automne, malgré ses belles couleurs, apporte ses nouvelles déprimantes du gouvernement de l'Etat français ( travail, famille, patrie ) installé à Vichy, ville d'eau du nord du massif central, à la limite proche de la ligne de démarcation entre la France occupée et la France dite libre. Le programme anti-juif du 3ème reich allemand s'installe en France avec la complicité du gouvernement de Pétain sous la diligence de Pierre Laval, ministre depuis le 23 juin. C'est le 3 octobre que la première loi antisémite est décrétée: les juifs sont interdits dans la fonction publique, l'enseignement et la presse. En Algérie ils sont déchus de la nationalité française. Le 21 octobre l'entrevue Hitler-Laval à Tours prépare celle d'Hitler- Pétain à Montoire sur le Loir le 24 Octobre. Leur poignée de main inaugure une collaboration future entre la France occupée et l'Allemagne nazie. Heureusement, en août-septembre, l'armée allemande n'arrive pas à envahir l'Angleterre; première défaite de la wehmacht. Laval trop collaborationniste est suspendu de ses fonctions ministérielles et remplacé par l'amiral François Darlan.
                             En 1941, Paul et Roger, en écoutant la B.B.C., constatent la dégradation régulière de la situation en France: l'étoile jaune imposée aux juifs spoliés de leurs entreprises en zone occupée, la constitution de la légion française contre le bolchevisme après l'attaque contre  l'URSS de la wehrmacht le 21 juin, le prêche de Pétain pour la collaboration à la radio le 12 août, la loi contre les attentats sur l'armée allemande qui fusille des otages en répression. Le 7 et 8 décembre, après l'attaque japonaise de Pearl Harbour, le Japon déclare la guerre aux USA et à l'Angleterre. Quant à l'Allemagne et l'Italie, elles déclarent la guerre aux Etats-Unis. Le conflit est devenu mondial, le général De Gaulle avait raison.
                                        En 1942, le 18 avril, Pétain reprend Laval comme chef du gouvernement; la collaboration est effective.
 

Par Claude17 - Publié dans : Roman - Communauté : Île des Poètes Immortelles
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Samedi 22 août 2009

Deux prisonniers





                            Paul boite, sa jambe gonflée, la douleur s'irradie jusque dans l'aine. Quand il fait nuit, on les installe dans la plaine, entourés de fils de fer barbelés, sous la surveillance de gardes armés. Ils s'allongent sur le sol encore chaud de la journée ensoleillée, sur leur toile de tente individuelle, et s'endorment comme des masses, fatigués par plusieurs nuits de veille, entrecoupées de courts sommeils agités. Paul et Roger, dos contre dos, se réfugient dans leurs rêves où les collines de Corrèze bruissent de chants d'oiseaux sous un soleil caressant de ses rayons à la chaleur douce et reposante. Pendant la nuit, des coups de feu proches donnent aux prisonniers la mesure des risques encourus s'il leur venait l'idée de s'échapper. Dès le lever du jour, ils sont remis en colonne et, bien encadrés, reprennent la marche vers le Nord. Nos deux amis se distribuent le reste de nourriture qu'ils ont dans leur sac à dos: des biscuits et du chocolat arrosés d'un peu d'eau de leur bidon à la ceinture. Paul a la jambe droite blessée, raidie par la position allongée sur le sol. Il lui faut plusieurs kilomètres de marche pour retrouver une certaine souplesse, en négociant à chaque pas une pose de son pied droit à la moindre douleur. Roger soutient son ami le mieux qu'il peut, la tête passée sous son bras droit pour alléger son poids sur sa jambe blessée. Le soir, ils se retrouvent dans une cour de ferme, gardée à l'entrée. On leur distribue des pommes de terre bouillies. Un puits leur donne de l'eau fraîche à volonté. Paul a moins mal, sa jambe a dégonflé. Ils dorment dans une grange, sur de la paille. C'est un délice et ça sent bon comme en Corrèze après la moisson et les battages. Les souvenirs des jours heureux remontent à la surface et leur sourire dans la nuit leur sert de veilleuse:<< J'espère que demain ta jambe ira mieux souhaite Roger s'adressant à Paul. Il ne faut pas attendre d'arriver en Allemagne pour " se faire la belle ". Après, tout deviendrait plus compliqué, nous serions obligés de passer inaperçus pour les civils, afin de passer entre les troupes allemandes en marche vers le Sud. Si on ne tente rien dans les prochains jours, on est coincés pour toute la guerre qui peut durer longtemps, d'autant que l'armée ennemie paraît plus motivée pour la gagner que notre armée qui se contente de se défendre; comme tu as pu le constater il y a des problèmes de liaison entre les unités et les allemands paraissent mieux utiliser leurs chars que les français.>> La colonne de prisonniers repart vers le Nord, dès l'aube, après avoir bu de l'eau et mangé du gros pain rassis. Elle aborde la forêt des Ardennes en fin de matinée: << Tu as l'air de mieux marcher...Dès qu'on trouve un fossé profond caché par des fourrés, on saute dedans en surveillant les gardes, propose Roger à Paul. Tiens-toi prêt..La liberté est au bout de la tentative...Aies confiance...On va y arriver...Les chleuhs n'ont pas commencé à nous compter...Il faut se dépêcher de partir...Ne garde  que ta musette avec la toile de tente.>> Tout l'après-midi ils épient les gardes et surveillent les alentours. Soudain, en soirée, un convoi militaire allemand oblige la colonne à se garer sur un côté. Sans hésiter, nos deux déterminés sautent dans le bas-côté, cachés par d'autres prisonniers, et rampent dans un buisson d'épineux qui leur écorche mains et visage, et font le mort, respiration coupée. La colonne reprend le milieu de la route forestière, poussée par les gardes armés qui crient des ordres secs et gutturaux:<< Ach! schnell! schnell! gehen! >> Tout le temps que la colonne défile, les gardes scrutent la forêt pour voir si un prisonnier ne s'est pas échappé à la faveur du passage du convoi militaire. Paul et Roger croient un moment qu'un garde les a repérés. Leur coeur bondit dans leur poitrine au point de leur couper le souffle. Ils restent immobiles comme pierre, le visage enfoui dans les feuilles humides qui sentent la décomposition végétale. Leur tenue de soldat salie par une semaine de vie dans la nature et par les explosions autour d'eux pendant la bataille du bois de Marfée, doit les rendre comme deux caméléons invisibles dans leur buisson d'épineux. Ils restent ainsi jusqu'à la nuit noire, et avec de mutiples précautions prennent la route forestière vers le Sud, prêts à sauter en sous-bois à la moindre rencontre. Leur entraînement militaire les a habitués à vivre dans la nature, reconnaissant tous les bruits de la faune, repérant ceux issus de la société humaine. Dans leur village de Monceaux s/ Dordogne, les sons diurnes et nocturnes de la nature sauvage font partie de leur environnement depuis l'enfance. La fureur de la bataille leur avait gâté la finesse de l'ouie, mais ils se sentent vite dans leur élément naturel. Ils évitent la ferme qui les a accueillis la veille; ce doit être un relai sur la route suivie par les prisonniers vers l'Allemagne. Au lever du jour ils sont sortis de la forêt et choisissent un bois plus à l'Est pour passer la journée. Ils dorment en alternant avec des heures de guet chacun leur tour. La nuit suivante, leur passage fait aboyer un chien qui les a flairés de loin, le vent étant favorable. Ils doivent sentir le putois, ne s'étant pas lavés depuis plusieurs jours. Ils effectuent un grand cercle pour sortir du vent favorable et s'approchent de la ferme. Des vaches dans un pré leur permettent de boire du lait frais directement au pis, habitués qu'ils sont d'approcher ces animaux. Sur la route, au loin, passe un convoi militaire allant vers le Sud. Ils ne pensent pas à l'armée française, le bruit des moteurs leur est inconnu. Ils poursuivent leur chemin à travers champs et bois. Sur le matin, ils voient au loin un bourg. Le clocher de l'église se découpe sur l'horizon à l'Est qui s'éclaire peu à peu. Par un jardin, ils abordent une petite maison. Ils frappent à la porte. Un vieux monsieur vient leur ouvrir:<<Qui c'est? demande une vieille dame à l'intérieur.
--Deux soldats français...et des sales qui sentent mauvais.
--Fais-les entrer...Bonjour messieux!...Notre petit-fils se trouve sur la ligne Maginot. Vous êtes avec l'armée française? Où est-elle?
--Je crains madame que les allemands n'arrivent bientôt par ici. Nous avons été faits prisonniers sur la Meuse...Nous nous sommes échappés et nous croyions les chleuhs déjà là, répond Paul.
--Vous devez avoir faim...Je vais vous préparer quelque chose à manger tout de suite et à emporter.
--Si vous aviez de vieux vêtements civils, on passerait plus facilement entre les boches.
--Bien sûr, Léopold donne leur des pantalons, chemises et vestes dans l'armoire des vêtements usagés. Ils passeront pour des paysans sur le chemin de leur champ.
--Nous sommes des paysans de Corrèze madame, signale Roger. N'auriez-vous pas de vieux vélos? ça nous aiderait bien.
--Voyez dans la grange à côté, on garde toujours tout...Mais les pneus sont remplis de bouchons de liège.
--Cela ira quand même madame, merci beaucoup.>>
Dans l'après-midi, sur de vieux vélos à bouchons, nos deux évadés roulent sur une petite route vers le Sud, habillés en paysans lorrains, les musettes pleines à craquer de pains et saucissons. Longeant les Vosges et le Jura, dormant dans les granges, nourris par les fermiers auprès desquels ils se font connaître comme des cultivateurs corréziens, donnant à l'occasion un coup de mains, ils mettent deux bons mois pour rejoindre leur Corrèze natale, une équipée dont ils se souviendront toute leur vie. En cours de route, ils apprennent la défaite, l'armistice et l'occupation partielle de la France. Ils savent que le maréchal Philippe Pétain a remplacé Paul Reynaud à la tête du gouvernement français et que Pierre Laval est entré au gouvernement le 23 juin.

Par Claude17 - Publié dans : Roman - Communauté : Île des Poètes Immortelles
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Lundi 3 août 2009

Deux guerriers





                      Le 10 mai, un ordre de la brigade met le bataillon en mouvement vers les rives de la Meuse. La wehrmacht attaque en Hollande et en Belgique. Il faut renforcer la 2ème armée de Huntziger autour de Sedan et au nord-ouest de la ligne Maginot, la VIIème et la IXème armée allant secourir les armées hollandaise et belge qui refluent sous la poussée allemande, le fort d'Eben-Emael ayant été investi dès le début de l'offensive. Contrairement à ce qu'avait préconisé le colonel De Gaulle, dans son livre " Vers l'armée de métier " paru en 1934, les blindés français sont utilisés en soutien de l'infanterie, disséminés sur tout le front hollandais et belge; toujours cet esprit de défense face à l'offensive allemande. C'est renoncer à toute démarche dynamique, ce qui se traduit par des replis successifs.
                             Le bataillon de nos héros corréziens arrive le 13 mai au bois de la Marfée, pour y prendre position afin d'arrêter la wehrmacht au sud de Sedan. Roger installe son fusil mitrailleur face à la plaine, aidé de son chargeur et de son pourvoyeur  en munitions. Paul s'installe non loin, avec ses grenades à fusil, anti-char et anti-personnel à disposition, près de son chef de section dont il recevra les ordres de tir. Le temps est au beau, on verra arriver l'ennemi de loin. A l'orée du bois se construit des fossés et des buttes de terre pour se protéger des tirs meurtriers. Un vent favorable venu du nord apporte le bruit caractéristique des chenilles de chars qui avancent en meute. Le coeur dans les poitrines bat la chamade. Paul et Roger vont subir le baptème du feu. Dans le ciel, des stukas piquent, sirène hurlante, et lâchent leurs bombes qui éclatent dans le bois avec un bruit à percer les tympans, chaque combattant ouvrant la bouche pour éviter de devenir sourd. Il n'est plus question d'avoir peur, mais de faire face et éviter de se faire tuer. Les cailloux volent à chaque explosion et retombent sur les casques des combattants français. Après avoir subi plusieurs attaques de l'aviation ennemie pour annihiler l'artillerie française, à l'horizon apparaissent les chars panzer qui se mettent à tirer vers le bois, tout en déroulant leurs chenilles. Les fantassins allemands avancent derrière leur ligne. L'officier qui commande la section de Paul, fait attendre les lanceurs de grenades à fusil que les chars ennemis soient à bonne portée. Roger fait donner de la voix à son fusil mitrailleur, visant entre les chars les fantassins à l'attaque. Dans le ciel d'azur apparaissent des avions français qui mitraillent et lâchent leurs bombes sur les chars dont certains sautent comme des crèpes dans la poële à la Chandeleur. Roger a la main droite qui devient douloureuse à force de se crisper sur la gâchette de son arme et les oreilles qui commencent à siffler. Les soldats allemands se couchent au sol puis reprennent leur marche en se penchant en avant pour diminuer l'impact de leur corps. Les obus des chars font éclater les troncs des arbres au-dessus des français qui en reçoivent des morceaux sur leur casque et leur sac à dos. Roger reçoit un éclat dans l'épaule gauche et ne s'en aperçoit qu'en voyant le sang couler. Paul tire sa première grenade qui immobilise le char visé, chenille coupée. Celui-ci continue à tirer avec son canon. Une deuxième grenade immobilise sa tourelle. Il tire toujours avec ses mitrailleuses. Une troisième grenade y met le feu et les servants sortent en hâte de ce four pour recevoir des balles et tomber à son pied. Dans la plaine tout n'est que fumée, explosions, tirs aux sonorités diverses. Dans le bois de la Marfée des arbres brûlent, des branches tombent et jonchent le sol, des ordres d'officiers couvrent les cris des blessés. Roger a un pansement à l'épaule gauche qu'un infirmier lui a posé tout en tirant. Paul a arrêté deux chars dans leur course et s'apprête à en tirer un troisième, quand une balle l'atteint au mollet droit. Sur le coup il ne sent rien, ça l'a déséquilibré et fait perdre sa visée. Il s'aperçoit alors que sa jambe ne répond plus. Puis la douleur cisaille sa jambe d'une brûlure vive. Il se couche et appelle un infirmier. Il se fait panser, serrant les dents pour ne pas hurler. La balle était ressortie; des sulfamides et un pansement atténuent le malaise. Il peut reprendre son poste. Regardant autour de lui, un désordre indescriptible règne en sous-bois, avec une odeur de poudre et de fumée âcre qui fait tousser. Reprenant son arme, son chef de section, blessé à la tête par un éclat et qui porte un bandeau rougi de sang, lui montre un groupe de fantassins à sa droite. Il prend une grenade anti-personnel qu'il fait éclater au milieu d'eux, les couchant sur le sol. La fureur se poursuit jusqu'à la nuit. Les allemands ont cessé leur offensive et opéré un repli stratégique, laissant les morts et les chars calcinés sur le champ de bataille. Les fantassins français prennent quelque nourriture dans leur sac à dos et un peu de repos, les oreilles bourdonnantes, restant à leur poste par groupe de trois ou quatre, prenant la garde à tour de rôle. Les plus atteints et les morts sont dirigés à l'arrière pour y être soignés dans des hôpitaux de campagne ou pour y être enterrés. Paul et Roger sont abassourdis après ce baptème du feu infernal. Ils passent une nuit agitée, faisant cauchemar sur cauchemar. A l'aube, mal reposés, il faut s'apprêter au combat, d'autant que l'artillerie ennemie donne de la voix. La journée se déroule comme la veille; l'infanterie allemande, les stukas, les panzers viennent à l'assaut  du bois de la Marfée, contre-carrés par la chasse et l'artillerie françaises. En fin de soirée, une contre-offensive est décidée et le bataillon s'élance dans la plaine, n'ayant pas reçu le contre-ordre envoyé à 17h. Après deux kilomètres, n'étant pas appuyé par l'aviation et l'arme blindée, il fait demi-tour et se réinstalle dans le bois de départ. Un repli est ordonné pour refaire la ligne de front, des éléments de l'armée française ayant été enfoncés. Il faut éviter de se faire encercler. Sortant de sous les arbres en piteux état, Paul et Roger tombent sur un élément de la wehrmacht qui les fait prisonniers.
<< Eh! nous voilà bien! s'écrie Roger, en levant les bras au-dessus de la tête.
- Je vais pouvoir reposer ma jambe droite, ça me lance là-dedans, lui répond Paul.
- Je te préviens que je vais m'échapper à la première occasion.
- Attends au moins que ma jambe soit moins douloureuse, si tu veux que je te suive, proteste Paul, réprimant une grimace.>>
Ils sont désarmés, regroupés, et en désordre, bien encadrés par des hommes en arme, ils sont dirigés vers le Nord.





Par Claude17 - Publié dans : Roman - Communauté : Île des Poètes Immortelles
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Jeudi 30 juillet 2009

Deux soldats



                     Tôt, le mardi matin 2 janvier, nos futurs héros prennent le car pour Argentat, la " micheline " pour Tulle et le train pour Brive. Le temps de descendre les marches de la place de la gare, de se laisser aller dans deux rues en pente et à angle droit, à un carrefour de tourner à droite, et les voilà qui se présentent au poste de garde à l'entrée de la grande cour, le drapeau français battant fièrement sous l'effet du vent tourbillonnant au sommet de son grand mât, trois grands bâtiments sur les trois côtés du rectangle bordé de squelettes d'arbres, la convocation d'une main, une petite valise de l'autre. Ils sont dirigés vers un bureau d'accueil devant lequel, en longue file, des garçons de leur âge attendent. Dans un magasin de plein pied, derrière le bâtiment central, ils reçoivent leurs effets militaires. Dans un grand dortoir, la chambrée, au 2ème étage du bâtiment de gauche, on leur attribue un lit et une armoire. On leur fait visiter les sanitaires au rez de chaussée. Le réfectoir avec de grandes tables les reçoit pour un dîner. Le foyer, sorte de salle commune avec des tables, un bar qui vend aussi toutes sortes de choses utiles à un " troufion " est repéré. Revenu au dortoir, ils peuvent prendre un repos nécessaire après une journée aussi bien remplie. Le lit de Paul est superposé à celui de Roger:
<< Eh bien ! Nous voilà à pied d'oeuvre, lance Roger à Paul. Cette journée m'a tué. Je vais bien dormir. La nourriture est potable, les sanitaires sont propres. Pour ce qui est de la tenue militaire, nous verrons demain. Le caporal de la chambrée a l'air aimable, j'espère qu'il va nous aider à nous habituer.
- Bonne nuit Roger, bredouille Paul en baillant, déjà à moitié endormi.>>                                                                                                              Leur instruction militaire de base: la tenue vestimentaire, le réglement à la caserne, la propreté des locaux, la marche en rangs serrés, le maniement d'arme, les marches sac au dos sur les chemins des collines environnantes, la théorie et la pratique du combattant, la condition physique, le tir sur cible etc...tout concourt à les faire devenir " de vrais soldats ". En temps que cultivateurs, nos deux compagnons n'ont pas trop à souffrir de tout ce travail. Après la vaccination qui les maintient couchés pendant 48 heures, ils peuvent poser une permission de quelques jours pour se rendre chez eux à Monceaux. Au retour ils seront admis dans une unité combattante avec un rôle précis au sein de la section, élément de base de la compagnie. C'est en tenue militaire de sortie qu'ils apparaissent chez eux et fêtés comme il se doit. Les anciens de 14 les admirent avec leurs bandes moltières leur rappelant les temps de souffrances dans les tranchées. Peu d'améliotations ont été apportées dans leur tenue vestimentaire depuis la 1ère guerre mondiale:<< Les voilà nos héros ! >> dit -on sur leur passage dans les rues étroites et au café de la place de l'église. Ils se tiennent droits et fiers de leur capacité à combattre. Leurs parents montrent un triste sourire; on craint toujours pour ses enfants quand ils s'échappent pour prendre leur indépendance. Eux ont des raisons supplémentaires d'être inquiets: la guerre est là à leur porte, et il faudra sans doute défendre leur sol une autre fois, la 3ème depuis 1870, pour empêcher l'allemand de s'étendre à l'Ouest. Les invectives radio-diffusées de Hitler montrent son ambition de diriger l'Europe au pas de l'oie, le bras droit tendu en avant, en bon paranoïaque qu'il est, puisqu'il affirme que l'Allemagne est menacée par la juiverie mondiale.<< Nous tremblons pour toi !>> dit chaque mère à son fils en le couvrant de son regard où se lit la crainte d'un avenir sombre, règne de souffrances tant physiques que psychologiques, où les tensions entre deux mondes risquent de provoquer des destructions comme l'humanité n'en a encore jamais connues, l'homme inventant des armes toujours plus puissantes. L'histoire humaine s'est construite en guerres successives entre des peuples qui veulent dominer le monde, afin de profiter d'un maximum de ressources. Le fascisme s'établit tout autour et va sans doute envahir la France si l'on n'y prend pas garde. La Terre est menacée par les dictatures où chaque pays ne conçoit qu'un seul parti politique, qu'une seule idéologie; toute opposition facteur de sagesse et d'équilibre est bannie. L'URSS, le Japon, l'Italie, l'Espagne et l'Allemagne forment un " axe " qui va étouffer les démocraties. Le conflit mondial pointe son nez à l'horizon. C'est la lutte entre deux styles de vie communautaire. Chaque pays doit choisir son camp. En attendant la menace nazie pèse sur la France. Nos deux jeunes recrues gardent une certaine fierté devant le rôle qui leur est confié. De retour au 41 régiment d'infanterie de Brive, ils sont admis dans un bataillon de combat à Clermont-Ferrand où ils poursuivent leur instruction. Roger devient tireur de fusil mitrailleur et Paul lanceur de grenades à fusil, anti-char et anti-personnel. C'est dans les monts d'Auvergne qu'ils améliorent leur aptitude physique au combat, sous la pluie, dans la neige, le froid, de cet hiver qui n'en finit pas. La marche, chargés du sac de survie, de l'arme individuelle et de ses munitions, à travers les forêts de sapins, montantes à couper le souffle, descendantes à rendre les articulations douloureuses, et le bivouac à dormir à même le sol humide ou gelé, parfois sous la tente pour deux montée à la hâte, tout contribue à faire des jeunes corréziens des soldats aguerris. Ils en sont fiers et ont acquis cet esprit de corps qui rend chaque élément de la compagnie solidaire de ses camarades. Au repos à Clermont-Ferrand,  ils suivent de près à la radio, toute information concernant l'Allemagne et son chancelier Hitler qui poursuit ses diatribes haineuses sur la juiverie internationale. Le printemps progressif apporte un mieux être à chaque sortie dans les collines boisées où l'air se charge d'odeurs délicates au fur et à mesure des pousses florales. La guerre, cette épée de Damoclès suspendue au-dessus de leurs têtes, maintient un certain malaise, un trac, ressenti par les acteurs avant d'entrer en scène.
:<< Puisque notre gouvernement Raynaud reste sur la défensive, il me tarde qu'Hitler bouge, que nous lui montrions " de quel bois nous nous chauffons ". 
- Tu es bien pressé de vivre le " baptème du feu "! répond Paul à Roger, alors qu'il sirotent une bière au foyer de leur caserne. 
- Cette attente est insupportable... Je préfère conduire nos deux boeufs tirant la charrue dans nos labours de la plaine de Monceaux sur Dordogne.
- Je crois que nous pouvons compter sur Hitler pour nous en empêcher. Maintenant qu'il a commencé la guerre, il n'est pas près de s'arrêter, d'autant qu'il a besoin de la richesse de la France.
- Je piaffe comme un coursier dans le box de départ, finit par dire Roger. >>                                                                                                   








Par Claude17 - Publié dans : Roman - Communauté : Île des Poètes Immortelles
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Mardi 21 juillet 2009

                         Deux amis


                  
Le 3 septembre 1939 à 17h, à la suite de l'Angleterre, la France déclare la guerre à l'Allemagne qui venait d'entrer à Dantzig le 1er septembre à 4h45, commençant l'invasion de la Pologne avec la bénédiction de Staline qui, en accord avec Hitler, allait prendre sa part du gâteau.

                      A Monceaux sur Dordogne, petit village de Corrèze, deux jeunes garçons de 19 ans, amis d'enfance, travaillant à la ferme de leurs parents respectifs, viennent de recevoir chacun une convocation sous les drapeaux, leur priant de se présenter à la caserne du 41e régiment d'infanterie de Brive le 2 janvier 1940. Il leur faudra prendre  à Argentat la " micheline " qui fait la liaison avec Tulle, la préfecture du département. Un train les mènera ensuite jusqu'à la ville de garnison, Brive-la-gaillarde, la sous-préfecture. Par habitude ils se retrouvent le soir, après le travail des champs, au café de madame Vergne, place de l'église, pour parler de leur journée, entourés des jeunes de leur âge et des moins jeunes qui " tapent le carton " à la belote, sirotant un petit vin blanc du pays:
<< Dis-donc Paul, je suis convoqué pour le " service " le 2 janvier à Brive.
- Moi aussi Roger...à Brive également.
- C'est vrai que nous avons le même âge, à deux mois près.
- Eh oui ! l'école ensemble, le certificat la même année, la communion, le foot, la chasse, la pêche...deux vrais jumeaux.
- Nos parents se connaissent depuis leur enfance, les fêtes au village, les moissons, les battages, les vendanges, les foires...c'est comme si on faisait partie de la même famille.
- C'est vrai qu'à Monceaux tout le monde connaît tout le monde, et à chaque évènement tout le village est réuni...même pour les enterrements.
- En parlant d'enterrement, dit Roger, c'est un mauvais moment pour aller faire le soldat...c'est la guerre.
- Ouais ! drôle de guerre !
- On attend gentiment l'arme au pied que les " teutons " nous envahissent. Ce braillard de Hitler veut nous faire peur, mais qu'il ne s'avise pas de franchir le Rhin.
- Eh ! les jeunes !... vous allez lui faire la peau à ce Hitler...comme en 18, intervient un ancien, blessé à Verdun, qui joue à la belote à une petite table au fond de l'estaminet.
- Ouais ! je veux ! s'exclament de concert les trois autres joueurs.
- Attendez ! ponctue Roger, que nous sachions nous servir d'un fusil de guerre...pour ce qui est de la chasse au chevreuil, au sanglier et au lièvre...pas de problème. Mais la chasse aux " teutons "...c'est une autre affaire...( Se tournant vers Paul ) Ils vont bien les anciens ! ... le vin blanc leur monte à la tête.
- Voilà ! professe Paul, nous sommes devenus les futurs sauveurs de la France qui a besoin de sang neuf... Jeanne d'Arc quoi ! Nous sommes devenus des héros en perspective. Pourvu que ça ne se passe pas comme en 14, dans des tranchées avec des obus qui explosent de partout. En attendant, depuis le 12 septembre, la Pologne n'existe plus, Varsovie est encerclée et les russes depuis le 17 sont entrés par l'Est. >>
Paul suivait, depuis le 1er septembre, le déroulement de la campagne de Pologne des hitlériens, à la radio et dans le journal local. Il avait toujours été curieux de ce qui l'entourait, alors que Roger, plus actif, passait le temps en enchaînant projet sur projet, toujours à l'affût de quelques exploits à concrétiser. Il envahissait l'espace sans observer ce qui l'entourait, ne prenant conscience de sa vie que dans l'action. Paul et Roger se sont toujours complétés depuis la " communale ": Paul tempérant Roger qui le stimulait. Paul se plaisait à lire des illustrés, Roger l'entraînait dans ses aventures. Dans les bagarres, c'était Paul qui faisait cesser les hostilités. Il voit maintenant d'un mauvais oeil, cette guerre qui s'annonce. Pour Roger, ce voyage à Brive est une excitation bienvenue, cela faisait 19 ans qu'il visitait de long en large la vallée de la dordogne dominée par ses collines boisées. Les couleurs saisonnières n'intéressaient que Paul. Aller visiter la vallée de la Corrèze apporterait un renouveau salutaire que Roger envisage avec une impatience qu'il a du mal à contenir. Celui-ci revoie avec plaisir le jour où, à Argentat, il avait passé le conseil de révision avec Paul. Un moment particulier le fait sourire: ils étaient nus comme des vers, au garde à vous, à tour de rôle, devant une tablée de maires, des hommes et une femme du canton, après une visite médicale sommaire. Chaque élu pouvait admirer la bonne santé physique de ces jeunes gens de la campagne, la charpente solide, un corps longiligne aux muscles toniques et une peau hâlée par la vie au grand air. Paul présente comme Roger des cheveux bruns coupés courts. Son regard brille de malice. De Roger, par un manton volontaire et des yeux de feu, émane une énergie à toute épreuve. Le verdict fut le même pour tous: bon pour le service ! Paul et Roger devenaient des Hommes, des Vrais...Ils avaient le droit de défendre la Patrie, comme leurs aînés de 14-18. Paul n'avait retiré de cette cérémonie que peu de fierté. Etre un homme pour lui consiste à aider ses parents à la ferme: les volailles, les vaches, les semences, les sarclages, les récoltes, les battages, les vendanges etc... et suivre son ami Roger à la pêche, à la chasse, chercher des champignons dans les collines boisées, aller au bal le dimanche...Le 31 décembre au soir, un dimanche, tous les jeunes du village et quelques habitués fêtent au café de madame Vergne le départ de Paul et Roger pour le service militaire. La soirée est animée, agréable à tous, les plus volubiles racontant des histoires de chasse, de pêche, de bal, hilarantes. La joie est dans les coeurs, malgré la séparation d'avec deux garçons très appréciés des jeunes et des vieux.





 

Par Claude17 - Publié dans : Roman - Communauté : Île des Poètes Immortelles
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Lundi 6 juillet 2009

                                                                          
                                                   Avant-propos

           Je suis né à Angoulême, en janvier 1939. De l'occupation allemande, je n'ai gardé que de vagues souvenirs. Des images floues, des bruits indistincts, l'angoisse de ma mère, me sont restés en mémoire. Le plus marquant se passa un soir, à la nuit où régnait le silence interrompu par les conversations, et où les moindres bruits du dehors nous parvenaient nettement: des cris, des pas de course dans le chemin qui longeait la maison et le jardin, des tirs d'arme automatique...et puis le silence. Le point d'interrogation avait envahi l'intérieur de la maison. Le lendemain, un officier allemand, accompagné de deux soldats, frappe à la porte d'entrée. On lui ouvre. Il veut visiter l'appartement. Je me souviens, dans la cuisine, d'une trappe ouverte sur une cave dont j'ignorais l'existence, ce qui m'a marqué, ayant à cette époque une grande peur du noir. Un soldat y est descendu. L'officier cherchait un ''terroriste''. Les allemands sont repartis, n'ayant rien trouvé. Une nuit, ma mère me réveille et me prend dans ses bras. Au dehors, des rugissements d'avions à basse altitude et des détonations envahissent l'espace. Ma mère, effrayée, adresse des insultes à ces avions. Le lendemain, les vitres des fenêtres étaient brisées. Une poudrière, pas loin de chez nous, avait sans doute fait l'objet d'une attaque aérienne, anglaise ou américaine. Dans le champ du fermier voisin, un abri sous-terrain avait été creusé pour recevoir les gens du quartier en cas de bombardement. Nous nous y rendions à chaque alerte, au son d'une sirène hurlante et angoissante par sa soudaineté, de jour comme de nuit. Une fois, c'était pendant le repas de midi. De l'abri, nous entendions le ronronnement des lourds bombardiers. C'est ainsi que la gare d'Angoulême a été bombardée en plein jour. Ce devait être en juin 1944 pour empêcher les trains allemands de circuler vers la Normandie.
             Tous ces souvenirs d'angoisse m'ont amené à donner du sens, à en savoir plus par des lectures, des films documentaires, etc...Quand une fiction dans le cadre de la deuxième guerre mondiale passe à la télévision, je me précipite, non pour l'histoire qui n'est qu'inventée, mais pour l'atmosphère de guerre génératrice d'angoisse. C'est ainsi que la France de l'occupation nazie m'est apparue dans tous ses détails. Deux Frances se sont fait la guerre: celle de Vichy, de Pétain, la collaborationniste, et celle de De Gaulle, la résistante. Celle du maréchal Pétain obéissait à l'Allemagne nazie personnifiée par Adolf Hitler, celle du général De Gaulle, avec les alliés, essayait de libérer l'Europe du joug nazi. L'une commettait des crimes contre l'humanité, l'autre cherchait à rétablir la démocratie pour redonner toute sa place à la personne humaine.
            Je me suis alors demandé de quelle France j'aurais fait partie si j'avais eu l'âge de faire un choix. Mon frère aîné a du se rendre dans sa 17ème année à une convocation pour un chantier de jeunesse de l'Etat français qui ,comme le 3ème Reich, voulait avoir la main mise sur la jeunesse pour mieux la faire obéir aux nouvelles lois. A la libération, il s'est engagé dans la France libre pour le temps de la guerre. Il ira en Indochine et fera carrière dans l'armée française. Les jeunes français n'étaient pas aussi maléables que les jeunes allemands. Pétain n'était pas Hitler. La milice n'était pas la gestapo. Mais il y avait en France des profiteurs, des antisémites, des délateurs, des pleutres, etc...toute une frange de la population qui se mettait du côté du plus fort, pour leur confort personnel, mais aussi pour survivre à la pénurie. Il fallait avoir la force de la conviction sans crainte de souffrir dans les geôles de la gestapo, dans les camps de concentration, de mourir au combat, devant un peloton d'exécution ou dans un camp d'extermination par la famine et le travail forcé. Le nombre de maquisards augmentait au fur et à mesure où s'éloignaient les chances de victoire nazie. C'est après le débarquement en Normandie que la résistance active pour libérer le territoire français, et ça se comprend, prit son essor et que les maquisards affluèrent. Avant, il fallait, dans l'ombre de tous les dangers, nuire à l'effort de guerre allemand, et faire montre d'un courage à toute épreuve. Les résistants de la dernière heure, les opportunistes, ont dressé la tête pour achever un 3ème reich blessé, au risque d'y laisser quand même leur peau. Organisés en bataillons, les F.F.I. faisaient nombre contre la wehrmacht. L'union fait la force et rassure chaque combattant sur les chances de vaincre.
             C'est pour en savoir davantage sur mes chances d'avoir été du bon côté en 40-41, si j'en avais eu l'âge, que j'écris ce roman. Mes héros représentent les deux facettes de ma personnalité: l'un bouillant d'activité, l'autre plus réfléchi ayant du recul avec l'évènement. Je prends conscience cependant de la vanité de ma recherche. Je suis construit de tout ce que j'ai vécu depuis janvier 39, et les temps ont changé. Je ne pourrai jamais savoir ce que j'aurais fait en 1940. Mon frère aîné était du bon côté, dans l'ardeur de sa jeunesse. Mon père était plutôt opportuniste tant sa force de caractère montrait si peu de conviction. Malgré l'hérédité et le bain éducatif, je n'aurais pu être que moi-même, selon les circonstances et le vécu individuel. Ce que je sais cependant, et encore on ne peut jurer de rien, c'est que je m'y serais pris à deux fois avant de me mettre en danger. En Algérie, dans les patrouilles, ma conscience du danger était intacte et je minimisais les risques à encourir, alors...Il n'est cependant pas si vain, d'en savoir un peu plus sur soi-même, une meilleure conscience permet de mieux vivre. C'est ma conviction.
                  
                                                                            
                                                                           


   













Par Claude17 - Publié dans : Roman - Communauté : Île des Poètes Immortelles
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Jeudi 18 juin 2009

 

 

Tu te dressas, un jour,
Pour prendre toute conscience,
Que tu vivais, pour,
Posséder le génie de la science.


Elle te permit de progresser,
Dans la connaissance de ton être,
De ta place dans l'univers adressée,
A ta descendance fière d'être.


Il te faut vaincre tes craintes,
Face à un avenir incertain,
A une finitude inéluctable.


Dans tes enfants,tu as l'empreinte,
De ton passé de terrien
Qui s'achemine vers un avenir de fable.

Par Claude17 - Publié dans : Nature - Communauté : Île des Poètes Immortelles
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Lundi 1 juin 2009

 

Le bonheur est un état de grâce,
Qui s'enfuit dès qu'il est éprouvé.
De le rechercher personne ne se lasse,
Dans le moindre recoin, tant il est bien caché.


Il se rencontre en chemin,
Sur la route d'une longue quête.
Peut-être aujourd'hui, peut-être demain,
A la surprise, au détours d'une fête.


Le bonheur, c'est le plein de dopamine,
Le corps léger, l'esprit serein.
La frustration a disparu, le désir effacé.


L'émotion envahit tout, donne bonne mine.
Tout est enchanté autour de nous, divin.
La nature est un écrin de beauté.

Par Claude17 - Publié dans : Emotion - Communauté : Île des Poètes Immortelles
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Vendredi 29 mai 2009



L'amour court dans les jardins,

Il frôle de son aile tendre,

Tes yeux au regard calin,

Ton oreille qui ne demande qu'à entendre.

 

 

Il est dans le chant des oiseaux,

Le rayon de soleil à la chaleur douce,

L'herbe qui tapisse le bord du ruisseau,

La brise légère dans ta chevelure rousse.

 

 

Il entoure, il enveloppe, il caresse,

Ton visage souriant aux prunelles brillantes,

Pour embellir tes traits harmonieux.

 

 

Il sait émouvoir tes cils qui s'abaissent,

Dans ta confusion rosissante,

Pour te faire sentir ton coeur amoureux.

Par Claude17 - Publié dans : Emotion - Communauté : Île des Poètes Immortelles
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